Mise en avant

Atelier n°3 / RULIANO DES BOIS – la comptine

Voici un « atelier d’atelier », c’est-à-dire la visite chez un artiste et des consignes autour de certaines de ses œuvres. Aujourd’hui, le graphiste rochelais, Ruliano des Bois, qui (entre autres) travaille sur des photos préexistantes, y ajoutant une touche de poésie provocante, burlesque ou tendre, toujours proche de l’univers de l’enfance.

Sous l’inspiration de ce visuel, imaginez une comptine – rimée, bien sûr !

Mise en avant

Atelier n°2 / “MASQUES” – écriture effervescente

C’est une technique d’écriture qui permet d’associer dans un texte le fond et la forme. Commencez par trouver 5 mots qui ressemblent à « masque » du point de vue du son. Puis, 5 mots auxquels « masque » vous fait penser, du point de vue du sens. Enfin, composez un texte rassemblant ces 10 mots et qui commencera par : Un masque, c’est… 

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Atelier n°1 / “JOURNAUX EX-TIMES” – Journal de liaison

Confinés ensemble, une mère (ou un père, à vous de choisir), et sa fille (ou son fils) n’arrivent plus à parler sereinement. Cela finit toujours dans les cris et les larmes. La mère (ou le père) a alors l’idée d’instaurer un « journal de liaison », qu’elle (ou il) laisse sur un meuble de l’entrée, afin de maintenir la communication. Imaginez ce dialogue écrit.

Nathalie (atelier n°3 – bis)

Sa Sainteté Bison Ravi,

Trompète dans un bric-à-brac de bric et de broc,

Tuyau joyeux,

Grincement de jazz,

Des « Oh » absurdes,

Des « Au diable les qu’en-dira -t-on »,

Des « Hauts le cœur »,       

La musique au bord des lèvres,

Sans tabou, joue des pots-pourris,

Jusqu’à en mourir.

Boris boit son petit lait,

Le claironne presque,

Un sacré z’oiseau ce zazou,

Accro à la zizique !

Nathalie (atelier n°3)

D’outre-tombe, tu pourrais, sur les nôtres, cracher.

La folie raciste éclabousse l’humanité.

On nage en pleine absurdité.

Prévert a écrit son nom : LIBERTÉ,

Jusque dans les nuées,

Mais les loups aboient pour l’enchaîner.

La vie a un goût de spleen, de cendres et de sang.

Même Gouffé calerait sur cette amère soupe.

Nos cuivres s’étouffent de honte,

Se ternissent.

Nous claironnons notre indignation, mais que faisons-nous ?

Alors que peut-être un bon bœuf Ellington suffirait !

Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs ?

Sonnons l’ère du Jazz !

Trompétons la clairvoyance contre l’obscurité !

Reviens Vian,

Joyeux Bison Ravi,

Sur nos portées,

Hanter les caveaux de ton esprit,

Sans tabou.

Alors nul besoin de déserter ce monde d’arrache-cœur,

Car l’écume de nos jours en serait plus douce.

On pourrait croire au bonheur !

Nathalie (atelier n°3)

  • Tu es prête à en découdre ?
  • C’est une à une que je vais te faire de belles boutonnières avec mes gants de velours !
  • Ma puissance va rompre tes talons aiguille ! En deux temps trois mouvements je vais te surpiquer le maillot !
  • Ou ils te donneront l’estoc, car à la fin de l’envoi, c’est avec que je pique !
  • Ton équilibre est précaire, tu oscilles dangereusement, un coup, un seul, bien dosé et c’en est fini de ton style chaloupé !
  • Tu parles trop, déjà tu te noies dans mes yeux enjôleurs et bientôt tu chavireras sous mon charme. Mes armes sont bien plus efficaces toutes en rondeurs, nuances, souplesse, ruses…
  • Ma force, mon entraînement sont des valeurs sûres, fillette.
  • Pas si tu ne comptes que sur elles, Samson !
  • Oh ! Oh !

 Fit-il tout à coup, surpris par un coup de savate « escarpinée ».

  • Echec et patte !

Dalila l’emporte !

Nathalie (atelier n°3)

Le printemps est arrivé,

La forêt sous le brame est enchantée !

TAYAUT, TAYAUT !

Le cerf porte beau,

Il a volé les guirlandes fleuries,

De la fête et du banquet

TAYAUT, TAYAUT !

Le voilà au détour du chemin,

Beau perchoir pour les oiseaux,

Que ses ramures colorées !

TAYAUT ! TAYAUT !

Le cerf fuit !

Dans le sillon des bois jolis,

Un ange le poursuit !

TAYAUT ! TAYAUT !

Quelle prestance de dos,

Avec son diadème de fleurs,

Des sous-bois, le seigneur !

Une princesse court après lui.

TAYAUT ! TAYAUT !

Mais l’animal malin

S’estompe dans la brume du matin,

TAYAUT ! TAYAUT !

Il s’est évaporé,

A notre barbe, à notre nez,

Ce magicien des feuillages ombragés.

Lucette (atelier n°3)

(“Boris”, Ruliano des Bois)

Vous deviez savoir que votre santé précaire ne vous accorderait que peu de temps sur terre ; c’est ainsi que vous avez usé votre vie par les deux bouts et la rage de vivre vous a programmé une hyper-activité artistique.

  • Acteur : pour jouer, surjouer ?
  • Écrivain : pour écrire des lignes (parfois coquines) et tirer sur le désenchantement en regardant le verre à moitié vide où apparaissait, l’air de rien, des chansons ?
  • Peintre : pour trouver les couleurs de votre cœur ?
  • Musicien : trompettiste pour tromper le temps, pour trouver le souffle manquant 
  • Ingénieur : pour trouver le bâtisseur de votre vie ?

Et bien d’autres hobbies dont la menuiserie pour polir la vie ?

Que de cordes à votre arc tirées avec des pseudonymes ! Vous vous cachiez, peut-être, pour cracher les mots afin de moucher vos maux. Que de talents non latents ! Que de métiers – vous mettiez toutes vos forces pour faire sortir toutes vos idées parfois très noires, parfois trop incendiaires ; ces idées qui ont envahi votre vie sans penser à les panser ; mais pour vous, pas de pansement : vos pensées ne mentaient pas.

Vous avez rempli votre vie comme si vous aviez vécu 100 ans, BISON RAVI !

Karine (atelier n°3)

(“Boris”, Ruliano des Bois)

Quel plaisir de t’adresser un panégyrique, grand Soubrefou ! Génu-hurluberlie qui laissa dans son sillage autant de notes folles… Comment te parler les lignes dans les lignes, cher Scouroufi ? Tu nous a tous bluffés en te mettant sur ton trente et un (pseudonymes) ?

Cher Bison Ravi, L’Écume des jours m’a fait découvrir la poésie et m’a surtout autorisé à penser que l’on pouvait boursouffler les mots, les faire voltiger dans tous les sens, les faire renaître, les faire disparaître et réapparaître une machine improbable sur le nez, tête en bas.

Tu aurais eu cent ans cette année… En trente-neuf ans, tu as su devenir écrivain, poète, trompettiste, ingénieur, auteur-compositeur-interprète, critique littéraire, musical, traducteur, parolier, peintre, chanteur, librettiste… Alors imagine un peu le nombre de pages qu’il eût fallu  si la vie t’avait permis d’allonger tes jours… Peut-être même qu’un roman, que dis-je, une encyclopédie, aurait pu naître, citant tous tes métiers, tes inventions, tes loufoqueries. À tout vrai, le monde ne serait pas le même que celui d’aujourd’hui. Tu nous aurais foutu par terre quelques belles théories et inventé un nombre incalculable d’objets et  mots. Ça aurait retourné la tête aux académiciens même. Tu aurais très probablement intégré leur cercle très privé. Une fois, tu serais arrivé en caleçon (musical) , une belle plume de paon à la main ; une autre, tu aurais débarqué avec un chapette ou un bérot-mets, bien installé sur ton crâne dégarnu. Les autres t’auraient accueilli, comme à chaque fois. Tu es leur trublion, leur empêcheur de tourner en rond. C’est si bon.

Ton esprit serait toujours en ébullition. Tu continuerais à faire fuser les mots, les idées, les provocations. Tu continuerais à lancer des sacreluches  aux esprits fermés et bien pensants. Bien sûr, tu habiterais un palace aux dix mille fenêtres (à Montmartre) qui resteraient toujours ouvertes. Prévert serait toujours ton voisin. Et tu choisirais toujours l’ouverture, la vitesse, la provocation. Tu aurais inventé un nouvel orchestre, composé de dizaines d’instruments biscornus. Ce serait même eux qui t’éveilleraient chaque matin aux côtés d’Ursula. Le soir, tu lui chanterais tes « tubes » en t’accompagnant de ton  piano cocktail.

Sacré Biros. Sulfureux Sirbo. Révolutionnaire Orbis. Stimulateur Rosbi(f). Excentrique Soirb. Dandy Sirob. Ton élan nous manque. Nous continuerons d’explorer des jardins secrets et fous pour en extirper des mots doux-dingues et des idées tentaculaires.

Anita (atelier n°3)

(“Boris”, Ruliano des Bois)

Ah Boris, si tu revenais !

On nous a tous enfermés,

On avance tous masqués,

Plus question d’ s’embrasser,

Plus question de s’ promener

Encore moins de danser.

Même Zazie peut plus gouailler        

Le métro est surveillé.                       

Chloé est en réa,

Colin n’ va plus là-bas                      

À cause du Corona.

Parfois, les yeux fermés,

À Saint-Germain-des-Près,

On entend ta trompette.

On perd alors la tête,

Où donc est le Tabou ?                     

On ne sait même plus où.

À travers le trottoir,

Des notes de désespoir.

Comme le monde a changé !

Ah Boris, si tu revenais ! Pas sûr que tu l’aimerais…

Lucette (atelier n°3)

(« La théorie des genres », Ruliano des Bois)

Elle, elle est dans sa sphère, à l’écoute de ses ondes.

Lui, il est sur ses gardes : qui va rentrer dans sa cage ?

Elle – Baisse ta garde, arrête d’encaisser.

Lui – Arrête de t’enfermer dans tes cercles ondés.

Elle – Peux-tu ôter tes théories toutes tracées ?

Lui – Si nous ôtions nos carapaces pour trouver notre espace ?

Elle – Crois-tu que l’espace n’a pas de carapace ?

Lui – Place à la communication ! L’écoute pourrait trouver son espace !

Elle – Je, nous… pourquoi pas ? Une bonne articulation des mots dits, une meilleure écoute, une bonne entente ?

Lui – Cela me tente… Tentons l’expérience d’être et non de paraître.

Elle – Oui, si tu ôtes le quadrillage dans lequel tu t’es enfermé.

Lui – Je suis trop « carré » dans mes idées : les impacts de mon enfance…

Elle – Carrément, c’est pour cela que je reste avec mes intuitions oniriques.

Lui – C’est ça le hic !

Tous les 2 – Échangeons, changeons. Et si nous nous respections avec nos différences ? Dialoguons ensemble, sans souffrance, nos espérances.

ILS SONT REPARTIS MAIN DANS LA MAIN, SANS ÔTER LEURS GANTS DE BOXE.

Karine (atelier n°3)

(« La théorie des genres », Ruliano des Bois)

-Je vais t’aplatir comme une crêpe, jeune Déesse enrubannée !

-Je vais te faire la tête au carré, mon agneau de sept heures ! Trois ans que tu m’as passé la bague au doigt, trois ans que je vis un véritable bagne avec toi ! Arrête de me demander de passer tant de temps aux tâches ménagères, je ne suis pas venue au monde pour cela !  

-Mais c’est ton axe d’attaque favori, ça ! Tu n’arrêtes pas de m’envoyer cette phrase dans les dents à longueur de temps ! Que veux-tu dire !?

 -Lorsque nous nous sommes connus à la faculté de mathématiques de Paris-Diderot, tu disais être tombé amoureux de  mon esprit vif  et tu essaies maintenant de me réduire à un rôle de  femme au foyer. J’ai le sombre pressentiment que c’est pour endormir les performances de mon cerveau.

-Mais enfin, ma guerrière zélée, ouvre les yeux. Arrête de travailler sur les matrices de transformation et transformons-nous en heureux parents…

-Tu m’assènes régulièrement cette demande, mais tu sais parfaitement que tant que je n’aurai pas obtenu ce fichu concours, je n’arrondirai pas ma circonférence. Hors de question.

-Mais tu ne peux pas passer autant de temps sur tes cours et tes théories, notre ménage n’y survivra pas.

-Que crois-tu ? Que je ne vois pas que nous sommes en train de nous transformer en deux droites parallèles ? Sans  aucun point de jonction ? Laisse-moi étudier. Mes héroïnes s’appellent Emma Chenu, première femme à avoir été licenciée ès Sciences en 1868. Liouba  Bortniker, première femme agrégée en mathématiques en 1886. Ma meilleure amie est Jeanne Lévy, première femme agrégée de médecine, à Paris aussi.  Et moi, Jacqueline Ferrand, je vais tout faire pour remporter le premier prix du concours général de mathématiques, tu le sais ! Tu m’avais promis que ce serait le premier objectif de notre couple.

Et Eh bien voilà, après avoir été nos maîtresses, les femmes veulent devenir nos maîtres ! Ailleurs si tu veux, mais pas sous mon toit !

-Comment veux-tu que je baisse ma position de garde avec des phrases pareilles ? Quelle envie de te mettre une droite, un crochet suivi d’un uppercut !

-Je sais que ma phrase atteint un angle aigu chez toi, mais notre couple peut soulever des pyramides, la vitesse et la force de notre couple sont nos forces, nos grandeurs vectorielles.

-Mais je vais t’assommer avec une barre de fraction, toi ! Laisse-moi continuer à étudier et va faire la vaisselle. Et le repas de ce soir par la même occasion.

-Tu veux me mettre à terre, n’est-ce pas ? Tu veux être l’héroïne… Mais comment un homme peut-il accepter que sa femme dédaigne les affres de la vie quotidienne ?

-C’est une nouvelle formule à inventer.

-L’équation classique ne te convient donc plus ?

-Elle ne m’a jamais convenu. La bonne conduite de la femme au foyer telle une droite orientée, ça n’a jamais été pour moi. Je suis constante en ce sens.

-Grrrrr… Quelle envie de te cadrer, ma chère  adversaire ! Tu ne mettras pas notre couple KO comme ça. Quand on aime quelqu’un, se battre vaut le coup, peu importe la probabilité.

-Commence par mettre à terre les conventions sociales dont tu as hérité. Plonge les mains dans l’évier. Sors de tes idées rectangulaires fermées. Ouvre le cercle de tes croyances.

-Je suis épuisé par ces ellipses verbales. Que dirais-tu d’aller faire un tour ?

-Pourquoi pas, je suis fatiguée de notre conversation qui tourne en rond. Mais alors, plus un mot.

-D’accord, on marche droit. Un point, c’est tout.